La vraie vie 

Mes Poèmes

Mes yeux s’attardent sur le rouge qui sublime le vin dans mon verre,

chaque nuance de pourpre est une promesse d’ivresse.

Celui-ci, telle une sirène aux chants ensorcelants,

m’invite à oublier une journée que je ne mérite pas,

à rêver de mon mérite, l’espace d’un instant volé.

J’aurais renoncé à mon perfectionnisme pour trinquer avec la folie de l’interdit.

J’aurais tant désiré être de ceux qui vivent sans attendre demain,

mais la vie, en sentinelle méfiante, m’a mise sur mes gardes.

À force de manquer de tendresse envers moi, 

elle m’a contrainte à perdre ma spontanéité envers elle.

Ainsi, je guette la prochaine larme en esquissant un rire fragile,

sachant qu’elle finira par se détacher.

Derrière un « je t’aime » se cache souvent un « je t’aime plus »

pour les fins aux illusions dorées,

et un « je te déteste » pour les vérités implacables.

Je poursuis mon regard dans le rouge de mon vin,

miroir sanglant de mes désillusions,

tandis que le liquide qui coule dans mes veines,

tantôt complice, tantôt traître,

m’avertit que les contes de fées ne résistent pas à la lumière du jour.

Dans le monde réel, le prince se perd parmi une foule de Cendrillons,

chacune chaussant la fragilité d’une pantoufle de verre.

Aucun homme n’embrasse un corps en décomposition :

il n’existe ni miracle, ni fée marraine,

et nul réveil pour la Belle au Bois Dormant.

La Bête accueille la Belle non par amour, mais par un besoin désespéré de compagnie,

pour ne pas sombrer seule dans l’ombre d’un château désert.

Et, implacable, il finit par la dévorer.

Le crapaud demeure ce qu’il est :

aucun baiser ne l’extrait de sa boue,

car les hommes ne se métamorphosent pas sous les murmures d’une femme.

Éric dévore Ariel – ce n’est qu’un poisson,

et il ne connaît point la douceur du végétarisme.

Mulan s’élance dans la bataille,

mais les lames, aveugles aux identités,

la réduisent à n’être qu’une femme parmi les loups.

Des loups impitoyables, qui se plaisent à imposer leur violence,

à engendrer des vies sans le moindre consentement,

scellant ainsi le destin de celles qui, naguère, rêvaient d’un conte enchanté.

Alida Sephora K.

L’audacieuse