La Bible en main, la femme noire à genoux : l’Histoire oubliée

Mes Réflexions

« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur. »

Oui. Cette phrase-là. On l’a toutes entendue. De la bouche des hommes. De la bouche des femmes. Parfois même de nos propres mères.

Et pendant longtemps, je n’ai jamais osé la questionner. Parce qu’elle vient de Dieu. Parce qu’elle est sacrée. Parce que toucher à ce qui est “écrit” serait presque blasphématoire.

Alors, par crainte.

Par peur de l’enfer.

Par devoir religieux ou simple instinct de survie, personne ne pose de question.

On ne remet pas en cause ce qui est estampillé « parole de Dieu ».

Mais voyez-vous…

Une parole soi-disant divine, transmise par la main des hommes,

mérite, croyez-moi, mesdames, toute notre vigilance.

Et surtout, toute notre analyse.

Et si tu es une femme noire, chrétienne, il y a de grandes chances qu’on te l’ait récitée avec ferveur.

Comme un ordre divin.

Comme une vérité qui ne se discute pas.

Comme si Dieu lui-même t’avait choisie pour baisser les yeux.

Mais moi, je veux qu’on s’arrête.

Je veux qu’on respire.

Et qu’on réfléchisse.

Un peuple qui a connu la servitude peut-il, doit-il, exiger la soumission ?

Le verset comme arme

Aujourd’hui, les hommes noirs – oui, les hommes noirs – aiment parler de soumission. Ils la réclament. Ils l’exigent. Ils la scandent. Mais surtout, ils la justifient avec la Bible. Ils sortent des versets comme des gifles bien emballées. Ils parlent d’ordre divin, de rôle, de place. Mais ce qu’ils oublient de dire, c’est que la soumission, ce n’est pas l’amour.

Ce n’est pas la foi. Ce n’est pas le respect.

C’est l’annulation. C’est l’obéissance sans débat. C’est l’effacement sous prétexte de piété.

Et dans la bouche d’un homme qui ne craint même pas Dieu, c’est encore pire.

Mais ça, je vous en parlerai une autre fois. Parce que, croyez-moi, les hommes ne craignent pas Dieu.

Ils craignent de perdre le pouvoir.

Et ils utilisent Dieu comme couverture.

Quand l’esclave devient maître de la chaîne

C’est là que le paradoxe me dérange.

Comment un peuple qui a connu l’esclavage, qui a souffert, qui a saigné, peut-il avoir l’audace de demander à ses propres femmes de se soumettre ?

Vous avez connu les chaînes, et maintenant, vous les réclamez pour vos épouses ?

Je ne parle pas en l’air. Je parle de mémoire.

Je parle de ce que l’histoire nous a enseigné.

Je parle de ces hommes noirs qui, autrefois, pour un peu de confort, un lit propre, une meilleure ration, sont devenus des chefs d’esclaves.

Ceux qu’on récompensait pour avoir mieux dressé leurs frères.

Et aujourd’hui, ce schéma continue.

Les femmes qui se taisent, qui s’inclinent, qui obéissent, on leur promet une récompense :

Le mariage.

Le titre de « bonne épouse ».

Le droit d’être appelée « madame quelqu’un ».

Ce pacte de silence, ce marché invisible mais bien réel,

C’est exactement le même deal que celui qu’on proposait à l’esclave noir pour qu’il surveille les autres :

« Tu veux mieux vivre ? Alors, soumets-toi. Et fais taire les autres avec toi. »

C’est une stratégie vieille comme le monde :.

Diviser pour mieux régner.

Certaines femmes, celles qu’on appelle “Pick Me“, moi je les appelle les dommages collatéraux du patriarcat.

Ce sont les bras armés du patriarcat. Il leur faire croire que leur soumission est une élévation.

Des femmes brisées, avalées, modelées par le système.

Celles qu’on ne peut plus sauver.

Pas parce qu’elles sont perdues. Mais parce qu’elles ne veulent pas être libérées.

Elles sont là à défendre le silence, à prêcher la soumission, à traiter l’homme comme un roi capricieux qu’il faut toujours satisfaire.

Elles ont fait de la religion une prison.

Elles se sont persuadées que leur bonheur est dans l’effacement.

Et même quand elles souffrent, elles disent « Dieu me voit ».

Oui, il te voit. Mais est-ce lui qui t’a dit de souffrir ?

Le sexisme est un racisme qui passe mieux

« Les femmes ne savent pas conduire. »

Et pourtant…

75 % des accidents sont causés par des hommes.

Les chiffres parlent. Mais les bouches préfèrent le silence des faits à la musique des clichés.

Maintenant, imaginez que je dise :

« Les Noirs ne savent pas conduire. »

Ou pire : « Les Blancs ne savent pas conduire. »

L’indignation serait immédiate. On crierait au racisme. Les réseaux sociaux s’enflammeraient.

On parlerait d’oppression, de stigmatisation, d’atteinte à la dignité.

Et pourtant…

Ce sexisme quotidien, ce poison lent qu’on sert aux femmes,

tout le monde le boit.

Sans même grimacer.

Les hommes noirs, dans leur grande majorité, reproduisent le système qu’ils prétendent détester.

Celui qui les a humiliés, asservis, enchaînés.

Aujourd’hui, ils deviennent les nouveaux gardiens de ce système,

mais tournés vers nous. Les femmes.

Ils nous rabaissent. Nous infantilisent. Nous imposent le silence.

Ils font avec nous ce que d’autres ont fait avec eux et nous également.

La chaîne ne s’est pas brisée. Elle a juste changé de direction.

Les anciens asservis maintiennent désormais d’autres au pied de la chaîne.

Ils sont passés du statut de dominés à celui de relais.

Pas libérés. Juste recyclés par le système.

Ceux qui ont goûté à l’humiliation en infligent à leur tour.

Ceux qui réclamaient la justice imposent la soumission.

Et c’est vers nous, femmes noires, que se tourne leur autorité bancale.

Parce qu’ils n’ont pas le pouvoir de dominer ailleurs,

alors ils cherchent à régner ici. Sur nous. Les femmes noires.

Parce que le sexisme…

est une forme de domination que personne ne veut vraiment déranger.

Et les femmes noires, elles,

en subissent le double poids.

Elles portent encore les séquelles d’un système colonial et patriarcal.

Cible de l’homme blanc. Cible de l’homme noir.

Double peine. Double chaînes.

Mon Dieu n’est pas un bourreau

Je ne crois pas que ma Déesse — oui, vous pouvez dire Dieu si ça vous rassure —

je ne crois pas qu’Elle veuille ma soumission aveugle.

Si Elle la voulait, Elle ne m’aurait pas créée.

Parce que, mesdames, nous sommes l’origine.

L’origine de la création humaine.

Ce monde qu’on nous demande de servir est sorti de nos entrailles.

Les hommes naissent de nous.

Ils traversent notre chair, nos douleurs, nos eaux, notre souffle.

Nous les avons portés. Nous leur avons donné la vie.

Et on voudrait que nous nous soumettions à ce que nous avons nous-mêmes enfanté ?

Jamais!

Nous sommes les gardiennes de l’énergie.

Féminine. Créatrice. Nourricière. Souveraine.

C’est cette énergie-là qu’ils cherchent à dompter.

Et c’est de cette peur qu’est née l’exigence de soumission.

Parce que si nous refusons de nous soumettre, si nous ne sommes plus convaincues par leur discours,

alors ils verront la vérité en face : qu’ils ne sont que le fruit de notre chair.

Et ça, leur ego fragile ne peut pas le tolérer.

Ils ne peuvent pas supporter l’idée que

ce sont celles qu’ils veulent soumettre qui les ont créés.

Remettez tout en question.

Ne buvez pas tout ce que ce monde vous donne.

Même ce qu’on vous a dit avec une croix sur le cœur.

Même ce qu’on vous a imposé avec des larmes dans les yeux.

Même quand ça vient de votre mère, de votre tante, de la grand-mère qui a trop pleuré pour parler…

Ce monde-là, ce monde qu’on habite, a été conçu sans nous.

Et pourtant il nous réclame à genoux.

Alors si soumission il doit y avoir,

qu’elle soit choisie. Libre. Éclairée. Mutuelle.

Pas imposée comme un héritage de colonisé mal guéri.

Alida Sephora K.

L’audacieuse

Chef ou enfant ? À qui profitent vraiment les règles ?

Mes Réflexions

« L’homme, c’est comme un bébé. Faut le nourrir, le dorloter, le calmer. »

On l’a toutes entendue.

Que ce soit dans la bouche d’une tante, d’une mère, d’une voisine bienveillante ou d’une vendeuse dans un gbaka.

Toujours dite avec une pointe de résignation, une dose d’humour, et ce fond de vérité sociale qu’on ne questionne jamais.

Parce qu’il ne s’agit pas seulement de s’occuper de son mari.

Il faut s’occuper de son fils ET de son mari, pas comme on s’occuperait de sa fille.

Éduquer les filles. Excuser les garçons

Les filles, elles, doivent apprendre tôt à devenir des femmes.À porter la maison, à porter l’autre.

À porter la maison, à porter l’autre.

À se tenir loin du désir, à réprimer toute envie, à s’éloigner de la satisfaction.

À se garder comme une offrande pour l’élu.

Pendant ce temps,

les garçons, ces faux élus peuvent rester des faux enfants toute leur vie.

Ils partent à la conquête de jeunes femmes,

les « souillent » comme on écorche des fruits trop mûrs,

sans honte, sans retour.

Puis, sans jamais se remettre en question, ils rentrent chez eux, où une femme les attend.

Toujours. Pour s’occuper d’eux. Encore.

On nous apprend à être patientes quand ils crient, à être tendres quand ils fuient, à être solides quand ils s’effondrent.

Paradoxalement, la religion nous demande de nous soumettre à ces géants-bébés.

À ces hommes qui réclament nos corps comme des bonbons, nos silences comme des offrandes, et nos âmes comme des preuves d’amour.

Mais soyons claires:

Ce ne sont pas des bébés. Ce sont des adultes.

Des hommes conscients, lucides, puissants, stratégiques.

Des hommes qui savent exactement ce que leur rapporte l’image de l’homme-enfant.

Ils savent qu’elle attendrit, qu’elle excuse, qu’elle justifie..

Ils savent ce que leur vaut d’être considérés comme inconscients, impulsifs, instables.

Ils savent manier cette image comme une arme, et ils savent à qui elle profite.

Et bien qu’ils ne soient pas les auteurs de ce mythe, ils en tirent chaque avantage.

Ce sont, en général, des femmes qui nous le disent.

Des femmes persuadées qu’elles comprennent les hommes mieux que les hommes eux-mêmes,

Elles disent :

“Ils sont maladroits, tourmentés, sensibles à leur façon…”

D’ailleurs, soyons honnêtes : je n’ai jamais entendu un homme dire à une femme qu’un homme était comme un enfant.

Non.

Lui, il dit plutôt qu’il est le chef.

Et juste après s’être fait servir comme un enfant,

il réclame la soumission,

Car à ses yeux, ce n’est pas un service qu’il reçoit par incapacité, ce n’est pas un geste d’amour désintéressé ou de maternage doux.

Non.

C’est un droit conjugal.

Un dû.

Il le reçoit parce qu’il est “l’homme”,

parce qu’il est à un deuxième chromosome X cassée.

La grande contradiction.

Il ne voit même pas qu’il ne saurait pas faire tout ça tout seul.

Mais il ne le voit pas…

Parce que le système ne l’a jamais obligé à voir.

Ce système le décrit comme :

un être logique, pragmatique, structuré…

Puis dans la même phrase, il affirme que “l’homme est un bébé.”

Et tout de suite après : “le chef à qui on doit obéissance.”

Ce n’est pas de l’absurde.

C’est une stratégie.

Ce n’est pas une erreur. C’est un plan.

Ce système n’est pas incohérent. Il est calculé.

Chaque contradiction est une ruse.

Chaque mythe est une corde autour du cou des femmes.

  • L’homme est un bébé, il faut en prendre soin
  • L’homme est fort, donc il faut lui obéir.
  • L’homme est impulsif, alors, il faut le comprendre.
  • L’homme est chef, donc il ne faut pas discuter.
  • L’homme est rationnel, mais mais il ne peut pas gérer sa libido…

Et moi, alors ? Je suis quoi ?

Le vent ?

Un décor ? Une brise utile à ses élans ?

Parce que pendant ce temps,

moi, je dois :

être pure,

  • être fidèle,
  • être soumise,
  • et capable d’encaisser même l’infidélité…de cet homme soi-disant rationnel.

Où est la logique ?

Si la femme est “émotive”, pourquoi devrait-elle être la plus disciplinée ?

Et si l’homme est “rationnel”, pourquoi ne peut-il pas résister et fermer sa braguette ?

Tout cela n’a rien de logique.

C’est un théâtre.

Une mise en scène millénaire où l’homme joue tous les rôles : le roi, le blessé, le bourreau, le nourrisson.

Et vous, femmes, êtes les accessoires du décor.

Un système qui prospère sur vous.

Ce système fonctionne parce que vous y participez malgré vous.

Parce qu’on vous a dit que c’était ça, être une femme :

  • supporter,
  • endurer,
  • plier,.
  • attendre que lui change.

Mais pendant que vous croyez aimer un enfant blessé,

vous servez en réalité un manipulateur averti. Un homme qui ne changera pas, parce qu’il profite trop bien de votre patience soigneusement construite,

celle qu’on vous a apprise à appeler « amour ».

Il a besoin de vous pour briller.

Il a besoin de votre énergie.

De votre naïveté.

De votre amour.

De cette lumière que vous portez, celle qu’il ne possède pas mais qu’il veut absorber, voler, modeler à sa convenance.

Alors il crée des croyances.

Il les inscrit dans vos bibles, dans vos contes, dans vos prières.

Il vous fait croire que vous serez bénies en vous soumettant.

Mais pendant ce temps,

il prospère sur vos efforts, vos silences, vos douleurs.

Chaque pierre de ce système a été placée pour servir les intérêts des hommes:

  • “Le corps est le temple de Dieu.”

Comme par magie c’est uniquement celui des femmes que Dieu contemple comme sacré.

  • “Une femme a de la valeur si elle est pure.”

Au yeux de qui? De l’école, de vos enfants ou votre ? Non.

  • “Le mariage est l’accomplissement ultime.”

Oui parce que sinon qu’est qui vous pousse à rester au près d’un enfant géant qui se proclame chef.

  • “Un infidèle qu’on doit tolérer.”

Le pragmatique qui s’est même pas contrôlé son propre corps.

Soyons raisonnable, bon sang !!!

Le patriarcat n’est pas une erreur. C’est une arnaque

Parce que pendant que vous croyez aimer un enfant blessé,

vous êtes en train de servir un manipulateur averti.

C’est une supercherie structurée.

Un théâtre où les femmes se battent pour une place qu’elles n’ont jamais choisie,

pendant que les hommes brillent sous les projecteurs d’une pièce qu’ils n’ont même pas écrite eux-mêmes.

Ils ont juste appris à en tirer les ficelles.

C’est juste un homme. Fait de chair, de sang, de faiblesses, de contradictions. Comme vous.

Il n’a rien de sacré. Rien de céleste. Il n’est pas au-dessus. Il n’est pas plus fort. Il n’est pas plus sage.

Il n’est pas un roi, il n’est pas un prophète, il n’est pas une exception.

Il est né d’une femme. Il sort de vos entrailles. Vous l’avez porté. Nourri. Éduqué. Aimé. Créé.

Et pourtant, regardez :

Il a tourné le monde à son avantage

Il a redéfini la vérité. Il a réécrit les règles. Il a tordu la morale jusqu’à en faire un piège pour vous.

Un piège où vous devez plier, servir, comprendre, excuser, pardonner…

Pendant que lui exige, prend, quitte, détruit, et revient.

Bon sang.

Ce système-là, ce pouvoir-là, il ne l’a pas pris par mérite.

Il l’a reçu.

Et souvent, de vos mains, parce qu’on vous a appris que c’était ça, être une femme.

Mon conseil est simple. Radical. Vital.

Si être une femme, c’est souffrir, supporter, encaisser, plier, attendre qu’un homme change, qu’un homme comprenne,

alors arrêtez.

Arrêtez d’être des femmes.

Pas au sens biologique, pas au sens social.

Mais cessez d’être ce que le système appelle “une femme”.

Cessez d’être ce pilier silencieux, ce tampon sacrificiel, ce refuge pour adultes immatures.

Devenez autre chose.

Quelque chose de libre. Quelque chose de fort. Quelque chose d’inattendu.

Mais ne soyez plus cette version de la femme qui se définit uniquement par rapport à l’homme.

Alida Sephora K.

L’audacieuse

Le mariage : une affaire rentable… uniquement avec de l’argent au bout

Mes Réflexions

« Une femme peut tout réussir, mais si elle n’est pas mariée, elle n’est pas respectée »

Je suis née dans une société où le mot mariage sonnait comme une destinée. Très jeune, on m’a parlé du devoir d’être une bonne femme, jolie, soumise, respectable. Puis, en grandissant, j’ai entendu parler des corps, de la forme, de la beauté féminine. Et ensuite, du matérialisme, cet interdit tacite pour les femmes.

Chez nous, en Côte d’Ivoire, on appelle djandjou une femme qui s’intéresse à l’argent. Ce mot est souvent utilisé avec mépris, comme si l’ambition financière était une honte pour une femme. Pourtant, j’ai vu des mariages fondés sur le “vrai amour”, sans soi-disant matérialisme. Et j’ai vu ces femmes s’éteindre à petit feu.

J’ai été un peu en couple aussi. Je n’ai pas le cardio pour le long terme dans la galère. Mais au départ, j’étais cette fille « bien » : douce, soumise, pas intéressée par l’argent, pleine de valeurs misérables. Je croyais encore à l’amour et au mythe du foyer heureux sans rien.

Puis j’ai vécu, observé, réfléchi. Et aujourd’hui, avec toute la franchise du monde :

Épouser un homme sans moyens, c’est épouser une souffrance perpétuelle  

Il sait que la vie est dure, que chacun mérite mieux. Il le sait, mais il n’y renonce pas. Il tient à son trône, même sans royaume. Incapable de faire de toi une reine, il exige pourtant les privilèges du roi.

« Même si ton mari n’a rien, au moins tu es mariée. »

Mais ce n’est pas un je t’aime sincère. C’est un je t’aime à l’africaine : donne moi tout car c’est moi l’homme. Ce n’est pas une preuve d’amour, c’est une stratégie.

Il ne te promet ni confort ni avenir. Juste un rôle à jouer dans sa vie bancale. Il veut être roi, même sans royaume. Et il attend que tu serves, dans la misère, au nom de l’amour

… tout ça, en échange d’un toit insalubre et un peu de sperme.

Il prendra ton argent. Ton corps. Ta dévotion. Ta santé même.

Le tout, emballé dans un concubinage de quartier, parfois régularisé bien des années plus tard. Comme si t’offrir son nom était un cadeau. Comme si ce nom, qui n’ouvre aucune porte, effaçait tout ce que tu as sacrifié. Sûr que tu vas devoir encore donner plus.

Tu deviens « Madame Untel ». Et tu t’en sens fière. Parce qu’enfin, tu es mariée. Mais à quel prix ?

Tu cuisines plus que tu ne manges des sauces fades, vides, pauvres en vitamines. Tu élèves des enfants frustrés, scolarisés dans des écoles de seconde zone, sans ressources, sans perspectives.
Des enfants qui, faute de mieux, risquent de devenir délinquants, frustrés chroniques, prostituées à peine majeures ou “roperots” invertébrés sans colonne ni conviction. Parce que, qu’on le veuille ou non, le capitalisme impose la conquête de l’argent. C’est un fait.


Tu devras travailler trois fois plus, te battre contre vents et misères pour leur offrir un niveau de vie à peine correct sans jamais vraiment y parvenir. Et au final, tu leur offriras juste le minimum, si ce n’est pas moins que ça.

Tu deviens une machine

Tu oublies le maquillage, la coquetterie, les petites folies qui font du bien. Ta féminité s’efface peu à peu. Bouteilles de gaz, enfants, maison, factures… tu portes tout. Ton corps s’épuise, ton mental s’épuise. Tu accouches, tu reprends aussitôt. Pas le temps de souffler. Il faut encore satisfaire la libido de monsieur, car même fauché, il trouve le moyen d’être infidèle et de se prendre pour un trophée.

Tu te précipite d’être dans cette case avant 30 ans parce qu’après la société de taxe de périmé.

« Une femme après 30 ans, elle est fatiguée. »

Ce discours ne profite qu’aux hommes sans valeur réelle. Ces distributeurs de mystère qui ont besoin de femmes naïves pour se sentir puissants. Ils veulent qu’on pense que changer de nom est un honneur, même dans une vie minable.

Car ils le savent : une femme de 30 ans ou plus, qui a pris le temps de se former, de vivre, de chuter, d’aimer, de réfléchir …

Elle n’est plus une proie facile. Elle ne croit plus aux promesses creuses. Elle a de l’estime pour elle-même. Elle comprend que l’amour ne suffit pas, que le mariage n’est pas un abri, que l’engagement ne vaut que s’il y a respect, vision et construction commune.

C’est pour cela qu’on pousse les jeunes femmes à se précipiter.

Avant qu’elles ne deviennent lucides. Avant qu’elles ne comprennent qu’elles méritent mieux. On les pousse à se marier à 23, à 25 ans, en Afrique surtout, pendant qu’elles cherchent encore qui elles sont. Et puis, une fois piégées, elles restent. Parce qu’elles ne connaissent que ça.

Mais les femmes ne périment pas. Elles s’aiguisent.

De nombreux hommes puissants, instruits, accomplis, choisissent de s’unir à des femmes de 35, 40 ou même 50 ans. Parce que la maturité n’a jamais été un défaut sauf, pour ceux qui vivent de l’ignorance des autres.

Alors non. Ce n’est pas une course contre l’âge. C’est une course contre l’éveil.

Et l’idée, c’est ça : maintenir les femmes dans la peur de vieillir. Pour qu’à 28 ans elles paniquent. Pour qu’à 30 ans elles se sentent en sursis. Pour qu’à 33, si un homme les choisit, elles pensent qu’il les a sauvées.

Car à 30 ans, il faut déjà que nous soyons rangées. Dociles. Effacées. 

Mais la vérité, c’est qu’après 30 ans, beaucoup de femmes se sauvent elles-mêmes et n’espèrent plus au prince charmant. 

Les riches ne fuient pas les femmes mûres : ils savent que la vraie valeur se révèle avec l’âge.

Un homme financièrement à l’aise, émotionnellement mature et intellectuellement éveillé, quand il veut construire un foyer, ne voit pas l’âge comme un obstacle. Il ne t’a pas “choisie” pour te remodeler à sa convenance.

Le capitalisme lui a déjà restitué sa virilité et son pouvoir de choix.

Quand un homme n’a pas besoin de t’exploiter pour exister, il devient un véritable partenaire, pas un tyran domestique.

C’est un roi, un vrai, qui fait de toi une reine si tu ne l’étais pas déjà. Et non un usurpateur qui fait de toi une servante pour se sentir “roi”.

Quoi qu’on en dise, beaucoup d’hommes associent encore leur valeur à leur puissance sociale. Et quand ils ont de l’argent, ils ne cherchent plus réduire leur femme.

C’est bien pour cela que je parle sans gêne de privilégier l’argent dans ses choix. Car oui, l’argent compte. Il structure. Il sécurise.

Comme j’aime le dire :

les critères en amour, ce sont comme les matériaux pour construire une maison.

Il faut du bois, des briques, du sable… Mais sans ciment, rien ne tient.

Et l’argent, c’est le ciment.

 Il ne remplace pas les autres matériaux ( loyauté, amour, respect, vision ) mais il les lie, les fixe, les rend durables.

En conclusion ne négligez aucun ingrédient, mais sachez reconnaître ce qui soutient l’ensemble.

Car, Le mariage n’est pas un rêve, c’est un contrat. Et comme tout contrat, il ne vaut que s’il est rentable pour les deux parties.

Alida Sephora K.

L’audacieuse

Ma dignité est une reine

Mes Poèmes

Je suis née ici,

Sur une terre d’Ivoire où les dieux se sont tus face aux lamentations de mes ancêtres,

esclaves de leur existence, liés aux chaînes du silence.

Ici, le sable garde l’empreinte des illusions premières d’un peuple orangé par un espoir imité en foi.

Et le soleil, trop orange pour être tendre, brûle les pupilles de celles qui espèrent, stimule l’enfer au lieu réchauffer les cœurs.

On m’a dit que j’étais incomplète.

Moi, qui viens d’un peuple où les femmes sont reines,

j’y ai cru.

On m’a dit d’attendre qu’un homme me remarque pour être complète.

J’ai attendu,

comme on attend la pluie sur une terre trop sèche pour donner encore.

On m’a vendue à l’idée d’être choisie,

j’en ai rêvé.

comme si l’amour était un trophée pour les dociles.

Mes ancêtres ont attendu la liberté, puis ils se sont levés pour la conquérir.

Mais à nous, les femmes, on a appris à l’attendre encore sous le nom d’amour.

Se soumettre pour être aimée, se plier pour mériter.

L’héritage d’un esclavage rebaptisé romance.

Une existence travestie en vertu, où le péché se maquille en devoir, et la femme s’efface derrière le rôle de mère.

Il fut un temps où mon âme restait droite, gainée dans des robes impeccables,
tandis que ma volonté se défaisait, fil après fil, sous le poids des sermons bien-pensants

Mais aujourd’hui, je me remémore les pleures de l’enfant

qui a enraciné la route de ma lignée.

je convoque ma valeur.

Je la regarde en face.

Et je me rappelle :

je suis née ici, oui,

mais je me suis enfantée moi-même, pas par les mains de femmes déchues de leur autorité, mais par l’élan d’une dignité que rien n’altère.

Alors, je fais honneur à une lignée,

à une femme qui descend d’Abla Pokou, reine sevrée d’abus patriarcaux,

relevée par la mémoire et la force d’exister.

Je ne suis plus cette fille aux prières bancales, apeurée par sa propre force,

ni aux espérances pendues aux lèvres masculines.

Je ne suis pas contre l’amour, bien au contraire, je l’adule.

Mais je le préfère nu, loyal, lucide car je le veux brut.

Pas ce besoin de dominer sous prétexte d’aimer.

Pas un ego affamé cherchant à grandir dans ma lumière.

Et surtout, pas une version réduite de moi, modelée pour rassurer un homme.

Si l’univers, ce vieux sage aux silences profonds

insistait pour me ramener vers l’amour,

qu’il sache ne pas me présenter un maître, mais un égal.

Capable de tenir la lumière sans m’éclipser,

et de porter ses ombres sans m’y fondre.

Je ne serai plus l’ornement d’un récit masculin parce que je ne rétrécirai plus pour laisser la place.

S’il ose venir vers moi, qu’il sache je ne suis pas un trophée à éblouir,

mais une vérité à rencontrer.

Qu’il sache que mes bras ne s’ouvrent pas pour accueillir une illusion,

mais un homme assez courageux pour aimer une réalité indomptée.

Il serre une femme, faite de feu, de faille, et de fierté

tendre comme le souffle d’un orage qui ne s’annonce pas.

Car, je ne marcherai plus vers une vie vidée de vie,

où l’on s’incline devant les dogmes du masculin sacré.

Je suis une femme entière,
solide comme Yaa Asantewaa,
lourde de résistance,
enracinée dans l’héritage de celles qui n’ont jamais plié
encore moins pour une alliance ou un nom d’imposture.

Alida Sephora K.

L’Audacieuse