« Tu n’es pas mariable »,
écrivait-il sous une de mes publications, affaissé par l’élan de ma beauté.
Cet homme, au teint peu flatteur et à la silhouette mal accordée, avait laissé ce commentaire, comme tant d’autres de son espèce le font.
Un peu partout en Afrique, ces hommes qui n’ont rien à offrir aux femmes, si ce n’est la misère et la musculation gratuite des bras suite à un soupire égaré au dessus d’un mortier, ne se gênent pas pour qualifier « les comme moi » de matérialistes.
Des féministes qui refusent de voir le mariage comme un accomplissement.
Ou des femmes, tout simplement, qui pensent que le mariage devrait aussi être un apport financier.
Ou les deux à la fois, comme moi.
En Côte d’Ivoire, ces jeunes hommes qu’on appelle « débrouillards » nous classent :
Il y aurait, selon eux, d’un côté les djandous,
et de l’autre, les femmes « qui finiront seules »,
comme si cela était un événement catastrophique.
Et moi, j’étais donc une djandou, qui – selon les dires de ce jeune homme, vêtu de son jean déteint et assis au fond de son « entrée-couchée » au rideau Louis Vuitton non référencé – finirait seule.
Cela ne me gênait pas.
Car, dans mille cieux tendres, j’ai appris à comprendre l’impuissance et la frustration de ces pseudo-êtres forts.
Alors, comment vous dire ?
Je n’ai jamais compris l’importance d’être en couple, quand il n’y a pas de valeur absolue.
Un couple pour l’apparence ? Pour les photos ? Pour dire que j’ai réussi ma féminité ?
Mais réussie selon qui ?
Selon ce monsieur qui confond virilité et grognement ?
Selon ce système qui exige de nous soumission, douceur, patience et silence, pendant qu’eux offrent à peine un toit en tôle et des promesses qu’ils ne respectent pas ?
Non merci.
À Abidjan, on croise ce genre de mâle au carrefour, au maquis, dans les commentaires, dans les taxis et même parfois à la maison :
celui qui n’a ni bagage émotionnel déballé, ni ambition déployée,
mais qui croit pouvoir t’évaluer.
Il n’a pas grand-chose, mais il veut une femme complète.
Il n’est pas guéri, mais il veut être aimé comme un roi.
Il n’est pas riche, mais il refuse les femmes qui « aiment l’argent ».
Quel paradoxe n’est ce pas ?!
Il n’a pas de vision, mais il déteste les femmes « trop indépendantes ».
C’est ça, la nouvelle comédie romantique de nos rues.
Et nous, pendant ce temps, on vit.
On avance, on crée, on gagne, on rêve.
On dit non, parfois avec douceur, parfois avec insolence.
Parce que notre valeur ne dépend plus d’un regard ni d’un anneau.
Et si c’est ça, « finir seule »
…
Alors laissez-moi seule, avec mes livres, ma paix, je ne désire qu’une carte bancaire et ma liberté.
Alida Sephora K.
L’audacieuse
