« Femmes, soyez soumises à vos maris, comme il convient dans le Seigneur. »
Oui. Cette phrase-là. On l’a toutes entendue. De la bouche des hommes. De la bouche des femmes. Parfois même de nos propres mères.
Et pendant longtemps, je n’ai jamais osé la questionner. Parce qu’elle vient de Dieu. Parce qu’elle est sacrée. Parce que toucher à ce qui est “écrit” serait presque blasphématoire.
Alors, par crainte.
Par peur de l’enfer.
Par devoir religieux ou simple instinct de survie, personne ne pose de question.
On ne remet pas en cause ce qui est estampillé « parole de Dieu ».
Mais voyez-vous…
Une parole soi-disant divine, transmise par la main des hommes,
mérite, croyez-moi, mesdames, toute notre vigilance.
Et surtout, toute notre analyse.
Et si tu es une femme noire, chrétienne, il y a de grandes chances qu’on te l’ait récitée avec ferveur.
Comme un ordre divin.
Comme une vérité qui ne se discute pas.
Comme si Dieu lui-même t’avait choisie pour baisser les yeux.
Mais moi, je veux qu’on s’arrête.
Je veux qu’on respire.
Et qu’on réfléchisse.
Un peuple qui a connu la servitude peut-il, doit-il, exiger la soumission ?
Le verset comme arme

Aujourd’hui, les hommes noirs – oui, les hommes noirs – aiment parler de soumission. Ils la réclament. Ils l’exigent. Ils la scandent. Mais surtout, ils la justifient avec la Bible. Ils sortent des versets comme des gifles bien emballées. Ils parlent d’ordre divin, de rôle, de place. Mais ce qu’ils oublient de dire, c’est que la soumission, ce n’est pas l’amour.
Ce n’est pas la foi. Ce n’est pas le respect.
C’est l’annulation. C’est l’obéissance sans débat. C’est l’effacement sous prétexte de piété.
Et dans la bouche d’un homme qui ne craint même pas Dieu, c’est encore pire.
Mais ça, je vous en parlerai une autre fois. Parce que, croyez-moi, les hommes ne craignent pas Dieu.
Ils craignent de perdre le pouvoir.
Et ils utilisent Dieu comme couverture.
Quand l’esclave devient maître de la chaîne
C’est là que le paradoxe me dérange.
Comment un peuple qui a connu l’esclavage, qui a souffert, qui a saigné, peut-il avoir l’audace de demander à ses propres femmes de se soumettre ?
Vous avez connu les chaînes, et maintenant, vous les réclamez pour vos épouses ?
Je ne parle pas en l’air. Je parle de mémoire.
Je parle de ce que l’histoire nous a enseigné.
Je parle de ces hommes noirs qui, autrefois, pour un peu de confort, un lit propre, une meilleure ration, sont devenus des chefs d’esclaves.
Ceux qu’on récompensait pour avoir mieux dressé leurs frères.
Et aujourd’hui, ce schéma continue.
Les femmes qui se taisent, qui s’inclinent, qui obéissent, on leur promet une récompense :
Le mariage.
Le titre de « bonne épouse ».
Le droit d’être appelée « madame quelqu’un ».
Ce pacte de silence, ce marché invisible mais bien réel,
C’est exactement le même deal que celui qu’on proposait à l’esclave noir pour qu’il surveille les autres :
« Tu veux mieux vivre ? Alors, soumets-toi. Et fais taire les autres avec toi. »
C’est une stratégie vieille comme le monde :.
Diviser pour mieux régner.
Certaines femmes, celles qu’on appelle “Pick Me“, moi je les appelle les dommages collatéraux du patriarcat.
Ce sont les bras armés du patriarcat. Il leur faire croire que leur soumission est une élévation.
Des femmes brisées, avalées, modelées par le système.
Celles qu’on ne peut plus sauver.
Pas parce qu’elles sont perdues. Mais parce qu’elles ne veulent pas être libérées.
Elles sont là à défendre le silence, à prêcher la soumission, à traiter l’homme comme un roi capricieux qu’il faut toujours satisfaire.
Elles ont fait de la religion une prison.
Elles se sont persuadées que leur bonheur est dans l’effacement.
Et même quand elles souffrent, elles disent « Dieu me voit ».
Oui, il te voit. Mais est-ce lui qui t’a dit de souffrir ?
Le sexisme est un racisme qui passe mieux
« Les femmes ne savent pas conduire. »
Et pourtant…
75 % des accidents sont causés par des hommes.
Les chiffres parlent. Mais les bouches préfèrent le silence des faits à la musique des clichés.
Maintenant, imaginez que je dise :
« Les Noirs ne savent pas conduire. »
Ou pire : « Les Blancs ne savent pas conduire. »
L’indignation serait immédiate. On crierait au racisme. Les réseaux sociaux s’enflammeraient.
On parlerait d’oppression, de stigmatisation, d’atteinte à la dignité.
Et pourtant…
Ce sexisme quotidien, ce poison lent qu’on sert aux femmes,
tout le monde le boit.
Sans même grimacer.
Les hommes noirs, dans leur grande majorité, reproduisent le système qu’ils prétendent détester.
Celui qui les a humiliés, asservis, enchaînés.
Aujourd’hui, ils deviennent les nouveaux gardiens de ce système,
mais tournés vers nous. Les femmes.
Ils nous rabaissent. Nous infantilisent. Nous imposent le silence.
Ils font avec nous ce que d’autres ont fait avec eux et nous également.
La chaîne ne s’est pas brisée. Elle a juste changé de direction.
Les anciens asservis maintiennent désormais d’autres au pied de la chaîne.
Ils sont passés du statut de dominés à celui de relais.
Pas libérés. Juste recyclés par le système.
Ceux qui ont goûté à l’humiliation en infligent à leur tour.
Ceux qui réclamaient la justice imposent la soumission.
Et c’est vers nous, femmes noires, que se tourne leur autorité bancale.
Parce qu’ils n’ont pas le pouvoir de dominer ailleurs,
alors ils cherchent à régner ici. Sur nous. Les femmes noires.
Parce que le sexisme…
est une forme de domination que personne ne veut vraiment déranger.
Et les femmes noires, elles,
en subissent le double poids.
Elles portent encore les séquelles d’un système colonial et patriarcal.
Cible de l’homme blanc. Cible de l’homme noir.
Double peine. Double chaînes.
Mon Dieu n’est pas un bourreau

Je ne crois pas que ma Déesse — oui, vous pouvez dire Dieu si ça vous rassure —
je ne crois pas qu’Elle veuille ma soumission aveugle.
Si Elle la voulait, Elle ne m’aurait pas créée.
Parce que, mesdames, nous sommes l’origine.
L’origine de la création humaine.
Ce monde qu’on nous demande de servir est sorti de nos entrailles.
Les hommes naissent de nous.
Ils traversent notre chair, nos douleurs, nos eaux, notre souffle.
Nous les avons portés. Nous leur avons donné la vie.
Et on voudrait que nous nous soumettions à ce que nous avons nous-mêmes enfanté ?
Jamais!
Nous sommes les gardiennes de l’énergie.
Féminine. Créatrice. Nourricière. Souveraine.
C’est cette énergie-là qu’ils cherchent à dompter.
Et c’est de cette peur qu’est née l’exigence de soumission.
Parce que si nous refusons de nous soumettre, si nous ne sommes plus convaincues par leur discours,
alors ils verront la vérité en face : qu’ils ne sont que le fruit de notre chair.
Et ça, leur ego fragile ne peut pas le tolérer.
Ils ne peuvent pas supporter l’idée que
ce sont celles qu’ils veulent soumettre qui les ont créés.
Remettez tout en question.
Ne buvez pas tout ce que ce monde vous donne.
Même ce qu’on vous a dit avec une croix sur le cœur.
Même ce qu’on vous a imposé avec des larmes dans les yeux.
Même quand ça vient de votre mère, de votre tante, de la grand-mère qui a trop pleuré pour parler…
Ce monde-là, ce monde qu’on habite, a été conçu sans nous.
Et pourtant il nous réclame à genoux.
Alors si soumission il doit y avoir,
qu’elle soit choisie. Libre. Éclairée. Mutuelle.
Pas imposée comme un héritage de colonisé mal guéri.
Alida Sephora K.
L’audacieuse
