« Une femme peut tout réussir, mais si elle n’est pas mariée, elle n’est pas respectée »
Je suis née dans une société où le mot mariage sonnait comme une destinée. Très jeune, on m’a parlé du devoir d’être une bonne femme, jolie, soumise, respectable. Puis, en grandissant, j’ai entendu parler des corps, de la forme, de la beauté féminine. Et ensuite, du matérialisme, cet interdit tacite pour les femmes.
Chez nous, en Côte d’Ivoire, on appelle djandjou une femme qui s’intéresse à l’argent. Ce mot est souvent utilisé avec mépris, comme si l’ambition financière était une honte pour une femme. Pourtant, j’ai vu des mariages fondés sur le “vrai amour”, sans soi-disant matérialisme. Et j’ai vu ces femmes s’éteindre à petit feu.
J’ai été un peu en couple aussi. Je n’ai pas le cardio pour le long terme dans la galère. Mais au départ, j’étais cette fille « bien » : douce, soumise, pas intéressée par l’argent, pleine de valeurs misérables. Je croyais encore à l’amour et au mythe du foyer heureux sans rien.
Puis j’ai vécu, observé, réfléchi. Et aujourd’hui, avec toute la franchise du monde :
Épouser un homme sans moyens, c’est épouser une souffrance perpétuelle
Il sait que la vie est dure, que chacun mérite mieux. Il le sait, mais il n’y renonce pas. Il tient à son trône, même sans royaume. Incapable de faire de toi une reine, il exige pourtant les privilèges du roi.
« Même si ton mari n’a rien, au moins tu es mariée. »
Mais ce n’est pas un je t’aime sincère. C’est un je t’aime à l’africaine : donne moi tout car c’est moi l’homme. Ce n’est pas une preuve d’amour, c’est une stratégie.
Il ne te promet ni confort ni avenir. Juste un rôle à jouer dans sa vie bancale. Il veut être roi, même sans royaume. Et il attend que tu serves, dans la misère, au nom de l’amour
… tout ça, en échange d’un toit insalubre et un peu de sperme.
Il prendra ton argent. Ton corps. Ta dévotion. Ta santé même.
Le tout, emballé dans un concubinage de quartier, parfois régularisé bien des années plus tard. Comme si t’offrir son nom était un cadeau. Comme si ce nom, qui n’ouvre aucune porte, effaçait tout ce que tu as sacrifié. Sûr que tu vas devoir encore donner plus.
Tu deviens « Madame Untel ». Et tu t’en sens fière. Parce qu’enfin, tu es mariée. Mais à quel prix ?
Tu cuisines plus que tu ne manges des sauces fades, vides, pauvres en vitamines. Tu élèves des enfants frustrés, scolarisés dans des écoles de seconde zone, sans ressources, sans perspectives.
Des enfants qui, faute de mieux, risquent de devenir délinquants, frustrés chroniques, prostituées à peine majeures ou “roperots” invertébrés sans colonne ni conviction. Parce que, qu’on le veuille ou non, le capitalisme impose la conquête de l’argent. C’est un fait.
Tu devras travailler trois fois plus, te battre contre vents et misères pour leur offrir un niveau de vie à peine correct sans jamais vraiment y parvenir. Et au final, tu leur offriras juste le minimum, si ce n’est pas moins que ça.
Tu deviens une machine
Tu oublies le maquillage, la coquetterie, les petites folies qui font du bien. Ta féminité s’efface peu à peu. Bouteilles de gaz, enfants, maison, factures… tu portes tout. Ton corps s’épuise, ton mental s’épuise. Tu accouches, tu reprends aussitôt. Pas le temps de souffler. Il faut encore satisfaire la libido de monsieur, car même fauché, il trouve le moyen d’être infidèle et de se prendre pour un trophée.
Tu te précipite d’être dans cette case avant 30 ans parce qu’après la société de taxe de périmé.
« Une femme après 30 ans, elle est fatiguée. »
Ce discours ne profite qu’aux hommes sans valeur réelle. Ces distributeurs de mystère qui ont besoin de femmes naïves pour se sentir puissants. Ils veulent qu’on pense que changer de nom est un honneur, même dans une vie minable.
Car ils le savent : une femme de 30 ans ou plus, qui a pris le temps de se former, de vivre, de chuter, d’aimer, de réfléchir …
Elle n’est plus une proie facile. Elle ne croit plus aux promesses creuses. Elle a de l’estime pour elle-même. Elle comprend que l’amour ne suffit pas, que le mariage n’est pas un abri, que l’engagement ne vaut que s’il y a respect, vision et construction commune.
C’est pour cela qu’on pousse les jeunes femmes à se précipiter.
Avant qu’elles ne deviennent lucides. Avant qu’elles ne comprennent qu’elles méritent mieux. On les pousse à se marier à 23, à 25 ans, en Afrique surtout, pendant qu’elles cherchent encore qui elles sont. Et puis, une fois piégées, elles restent. Parce qu’elles ne connaissent que ça.
Mais les femmes ne périment pas. Elles s’aiguisent.
De nombreux hommes puissants, instruits, accomplis, choisissent de s’unir à des femmes de 35, 40 ou même 50 ans. Parce que la maturité n’a jamais été un défaut sauf, pour ceux qui vivent de l’ignorance des autres.
Alors non. Ce n’est pas une course contre l’âge. C’est une course contre l’éveil.
Et l’idée, c’est ça : maintenir les femmes dans la peur de vieillir. Pour qu’à 28 ans elles paniquent. Pour qu’à 30 ans elles se sentent en sursis. Pour qu’à 33, si un homme les choisit, elles pensent qu’il les a sauvées.
Car à 30 ans, il faut déjà que nous soyons rangées. Dociles. Effacées.
Mais la vérité, c’est qu’après 30 ans, beaucoup de femmes se sauvent elles-mêmes et n’espèrent plus au prince charmant.
Les riches ne fuient pas les femmes mûres : ils savent que la vraie valeur se révèle avec l’âge.
Un homme financièrement à l’aise, émotionnellement mature et intellectuellement éveillé, quand il veut construire un foyer, ne voit pas l’âge comme un obstacle. Il ne t’a pas “choisie” pour te remodeler à sa convenance.
Le capitalisme lui a déjà restitué sa virilité et son pouvoir de choix.
Quand un homme n’a pas besoin de t’exploiter pour exister, il devient un véritable partenaire, pas un tyran domestique.
C’est un roi, un vrai, qui fait de toi une reine si tu ne l’étais pas déjà. Et non un usurpateur qui fait de toi une servante pour se sentir “roi”.
Quoi qu’on en dise, beaucoup d’hommes associent encore leur valeur à leur puissance sociale. Et quand ils ont de l’argent, ils ne cherchent plus réduire leur femme.
C’est bien pour cela que je parle sans gêne de privilégier l’argent dans ses choix. Car oui, l’argent compte. Il structure. Il sécurise.
Comme j’aime le dire :
les critères en amour, ce sont comme les matériaux pour construire une maison.
Il faut du bois, des briques, du sable… Mais sans ciment, rien ne tient.
Et l’argent, c’est le ciment.
Il ne remplace pas les autres matériaux ( loyauté, amour, respect, vision ) mais il les lie, les fixe, les rend durables.
En conclusion ne négligez aucun ingrédient, mais sachez reconnaître ce qui soutient l’ensemble.
Car, Le mariage n’est pas un rêve, c’est un contrat. Et comme tout contrat, il ne vaut que s’il est rentable pour les deux parties.
Alida Sephora K.
L’audacieuse
