Promesses vides

Mes Poèmes

Il m’a blessée comme on souffle sur une flamme,

non pour l’éteindre violemment,

mais pour la faire vaciller en silence.

Il s’est effacé de moi sans bruit,

comme un parfum qui quitte la peau sans prévenir,

ne laissant derrière lui

qu’un frisson et le souvenir d’une caresse.

Il avait l’élégance d’un homme bien élevé,

de ceux qui ouvrent les portières,

qui règlent les trajets comme on règle une dette,

mais dont la tendresse restait hors service,

disponible uniquement en vitrine.

Il me regardait comme on contemple un vitrail :

à travers, sans jamais entrer.

Il parlait d’amour avec des mots polis,

mais ses silences criaient plus fort que ses promesses.

Je devenais trop réelle,

trop pleine de moi,

et il déposait son absence comme une rose fanée

sur l’autel de ma patience.

J’ai cru, comme une enfant bercée d’espoir,

qu’un homme de chez nous pouvait être roi,

qu’il suffisait d’un peu d’amour

pour transformer la rudesse en noblesse.

J’ai aimé sans flancher.

Pour moi, aimer, c’est décider.

Et je l’avais choisi

comme on choisit de croire en un miracle.

Mais l’amour n’obéit pas aux mêmes lois que la volonté.

On ne désaime pas d’un geste sec.

J’ai remis mon cœur avant mon corps,

comme on tend une coupe sacrée.

Je suis ce sanctuaire qu’on n’ouvre pas aux passants,

une prière que l’on garde au fond du souffle.

Je demandais un serment avant la chair,

un pacte avant l’abandon.

Mais il voulait franchir les portes

sans y déposer sa vérité.

Il n’a pas compris que pour moi,

le désir est une foi,

non une formalité de peau.

Il ne m’a jamais crié dessus,

non.

Il m’a juste ignorée

jusqu’à ce que mon silence ressemble à une absence.

Il m’a blessée en costume trois pièces,

avec des mots choisis,

et une distance bien repassée.

Je mendiais des gestes simples,

il me donnait des excuses emballées.

Je me suis tue.

J’ai appris à plier,

à me faire petite pour tenir dans ses marges.

Mais j’aurais mérité un amour vaste,

à la mesure de mes orages.

Je suis de celles qui vont jusqu’au bout.

Je suis une flèche, une frontale,

je traverse la nuit même quand elle me coupe les ailes.

Mais je suis aussi une analyste du cœur :

je décortique les absences,

je classe les silences,

je comprends avant qu’on me dise.

Je dissèque mes douleurs

pour ne jamais les rejouer.

La petite fille en moi rêvait encore,

pensait qu’un homme taillé dans la rugosité

pouvait cacher un prince dans le creux de sa poitrine.

Mais la femme que je suis s’est levée,

seule,

fière,

d’une beauté froissée,

dans un lit de cendres.

Je n’étais pas la Belle au bois dormant.

Son baiser ne m’a pas réveillée —

il m’a endormie.

Ma féminité voulait s’ouvrir comme une fleur au soleil,

mais il a marché dessus avec des chaussures cirées.

Et pourtant je me suis levée,

digne comme une guerre qui a survécu.

Ma flamme n’a pas brûlé pour rien :

elle a laissé des traces sur les murs du silence.

Je ne baisserai plus les yeux

pour entrer dans une vie qui n’est pas faite pour moi.

Je n’aimerai plus comme ça,

en m’effaçant,

en m’abandonnant.

Je ne serai jamais une “vraie” femme,

si cela signifie perdre mon nom

pour porter un nom qui m’étrangle.

Je me redresse.

La douleur encore posée sur les os,

mais l’âme droite comme un ciel d’orage.

Je me reconstruis

dans les interstices du manque,

dans les phrases que je n’ai pas dites,

dans les silences que j’ai remplis de poèmes.

Car ce n’était qu’un homme 

un chromosome X fêlé,

un ego fragile qui réclame soumission pour grandir

et jouissance infini sous un souffle déguisé en promesse. 

Il n’était rien,

sinon le fruit du cri d’une femme.

Et moi, je suis ce cri devenu parole. 

Alida Sephora K.

L’audacieuse

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